Lundi 6 juillet 2026, Julia Neumaier, la directrice générale d’Imperial Brands Seita, a pris la parole dans un communiqué, relatant la position du géant du secteur sur la proposition de loi portée par les députés Nicolas Thierry et Pierre Cazeneuve qui souhaitent voir s’instaurer le paquet neutre pour la vape.
Son message : “Nous avons tort de refuser le débat, et raison de refuser la loi”.
Un brin de contexte
Mardi 28 avril 2026, les députés Nicolas Thierry (Les Écologistes) et Pierre Cazeneuve (Ensemble) ont déposé une proposition de loi, co-signée par 67 autres députés de différents autres bords politiques (Socialistes et apparentés, Droite Républicaine, Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, Gauche Démocrate et Républicaine, Horizons & Indépendants, Les Démocrates…).
Cette proposition, enregistrée à l’Assemblée Nationale sous le n°2726, plaide pour l’instauration du “paquet neutre pour tous les produits du tabac et du vapotage”.
L’argument central : “une augmentation de l’expérimentation et de l’usage régulier de la cigarette électronique chez les mineurs” que les député·e·s estiment “souvent en dehors de tout objectif de sevrage tabagique”.
L’avis d’Imperial Brands Seita
Pour Julia Neumaier, il y a nécessité à reconnaître la problématique pointée par les récents chiffres de l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT) dans son rapport du 29 avril dernier [1]. Lequel a observé une augmentation de l’expérimentation de la cigarette électronique chez les lycéennes et lycéens (de 35,1 % en 2015 à 46 % en 2024).
« Ces données ne sont pas anecdotiques : elles traduisent un échec collectif de notre filière à tenir une promesse pourtant claire. Le vapotage est conçu pour accompagner les fumeurs adultes hors du tabac, non pour servir d’initiation à la nicotine chez des adolescents. Je le dis sans détour : ces évolutions sont inacceptables. Aucun argument économique, aucun raisonnement sur le marché parallèle, aucune comparaison internationale ne saurait les relativiser. C’est d’abord notre responsabilité. Pas seulement celle des pouvoirs publics. Pas seulement celle des familles »
– Julia Neumaier, 6 Juillet 2026
La directrice générale du groupe appelle ainsi à davantage de vigilance de la part des acteurs : le choix des dénominations, des codes visuels, des designs et les références qui les sous-tendent doivent être sans équivoque. Au risque de continuer à alimenter le problème.
« Ouvrons les yeux, ensemble ou séparément, mais maintenant, tant qu’il est encore temps d’éclairer la décision publique plutôt que de la subir. Soyons responsables parce que c’est notre devoir. Et soyons en mesure d’exiger des autres qu’ils le soient aussi, parce que nous aurons été les premiers à en donner l’exemple »
– Julia Neumaier, 6 Juillet 2026
Mais pour elle, le paquet neutre ne saurait solutionner le réel problème de fond : l’accessibilité.
« La proposition de loi cible l’emballage. C’est se tromper de priorité. Le vrai levier, celui qui manque aujourd’hui, c’est l’accès. Renforçons réellement les mécanismes de contrôle à chaque point de vente : vérification systématique de l’âge à l’achat, sanctions effectives contre les infractions constatées, encadrement strict de la vente en ligne et des circuits de distribution non contrôlés. Ces leviers existent. Ils sont sous-utilisés »
– Julia Neumaier, 6 Juillet 2026
Notre avis
En tant que consommateurs, acteurs, reviewers et même fabricants pour certains d’entre nous, chez Oneshot Media, nous ne pouvons que partager la position de Mme Neumaier sur l’importance de dénominations, visuels et packagings responsables. Si la vape s’est créée sur une mouvance “geek” des années d’avant 2000, elle n’a pas à jouer sur des références portées par les mineurs d’aujourd’hui.
Nous apporterions néanmoins une certaine nuance au reste du discours. Lutter contre le vapotage chez les jeunes, c’est d’abord comprendre ce qui rend son usage aussi intéressant pour cette génération. Se baser sur l’expérimentation, sans mentionner ou détailler les antécédents tabagiques et nicotiniques des jeunes (surtout lorsque l’on connait la haute proportion de fumeurs chez les expérimentateurs ou utilisateurs de vape), comme le mode précis d’utilisation des produits de vapotage (avec ou sans nicotine par exemple) nous semble un trop beau raccourci pour conclure d’emblée à une “initiation à la nicotine chez les adolescents”. Nous comprenons cette peur légitime. Elle ne doit pas remplacer la nécessité d’une documentation scientifique et humaine fournie. Au risque de contribuer nous aussi à de dangereux amalgames.
En effet, les chiffres citées ici par Mme Neumaier (35,1 % d’expérimentation vape en 2015 et 46 % en 2024), issus de l’enquête de l’OFDT [1] ne concernent pas exclusivement la cigarette électronique (graphique à l’appui) :
En 2015, on compte plutôt 3,7 % d’expérimentation exclusive de la vape, contre 17,4 % en 2024. Les 31,4 % restants en 2015 et 28,6 % restants en 2024 concernent l’expérimentation double de tabac et de vapotage.
Bien sûr, cela n’enlève rien à la hausse de l’expérimentation de la vape. Mais on remarque, parallèlement, une baisse drastique de l’expérimentation exclusive du tabac et de l’expérimentation double, au profit de l’expérimentation exclusive de la cigarette électronique, et aussi de la non expérimentation (35,7 % en 2015 contre 51,9 % en 2024).
Ne nions pas la complexité du phénomène : accueillons la plutôt, au travers de débats intersectoriels. La vape est un sujet trop important et trop vaste pour être raccourcie à quelques chiffres ou se cantonner à quelques débats ici et là, à l’Assemblée, au Sénat ou lors de conférences à huit clos. Elle demande la présence de spécialistes, d’hommes et de femmes de terrain, des principales et principaux concernés aussi.
Le paquet neutre, comme l’interdiction des arômes et tout autre mesure actuellement souhaitée ou revendiquée par certains, ne sont en cela que de faux débats. Car ils émanent tous d’un biais qu’il nous faut combattre, que l’on soit ou non favorables aux produits de vapotage : on ne combat pas le vapotage comme on combat le tabagisme. Ce, pour une simple et bonne raison, que l’on a toujours tendu à effacer, notamment au travers de la directive européenne des produits du tabac qui assimile depuis 2014 des produits strictement opposés : la vape n’a rien à voir avec le tabac. Premièrement, car elle n’en contient pas. Deuxièmement, car elle n’en passe pas par la combustion. Troisièmement, car elle émane d’un secteur indépendant, qui a justement souhaité combattre le tabagisme à sa manière.
Autrement dit, on ne peut pas réfléchir à un encadrement juste et proportionné des produits de vapotage si l’on a de cesse de vouloir utiliser les outils et les armes du tabagisme. Il nous faut inventer, ensemble, un cadre unique, qui prend en compte les spécificités de ses marchés, de ses origines et de ses consommateurs.
L’accessibilité est un point parmi d’autres qu’il nous faudra en effet aborder, une fois encore, tous ensemble, afin de déterminer la meilleure manière de sécuriser l’accès aux produits, sans laisser aucune personne fumeuse sur le carreau.
Sources
[1] Évolution du vapotage chez les collégiens et les lycéens entre 2014 et 2024, Tendances, OFDT, 29 avril 2026