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Le Pr Dautzenberg analyse le rapport de l’OMS et son traitement par l’AFP dans Oneshot TV

 

rapport oms avis dautzenberg


Le professeur Bertrand Dautzenberg est un personnage central de la lutte contre le tabac en France.

Tabacologue renommé, pneumologue à la Pitié Salpétrière, il enseigne la pneumologie à l’université Pierre et Marie Curie-Paris VI. Il a présidé l’Office français de prévention du tabagisme et la commission de normalisation AFNOR sur les cigarettes électroniques et liquides à vapoter.

L’avis du Pr Dautzenberg est particulièrement précieux tant en matière de lutte contre le tabagisme que de vapotage . Il est spécialement écouté par les acteurs de la cigarette électronique et des autorités de santé.

Cet avis est d’autant plus important quand il s’agit d’analyser le tout frais rapport de l’OMS en matière de lutte contre le tabagisme, et que l’analyse faite de ce dernier en matière d’e-cigarette par les médias français tenait plus du film d’horreur que de la véritable information.


Petit rappel des faits :

Le 26 juillet 2019, en quatre pages de son rapport (p.56 à 59), l’OMS livre sa position en matière de cigarette électronique.

Lien rapport OMS

Cette position n’a pas vraiment évoluée depuis 2017, date du dernier rapport, mais le propos est plus développé (4 pages contre quelques lignes en 2017). Se retranchant derrière le principe de précaution, l’OMS considère la cigarette électronique comme nocive, car contenant de la nicotine.

Si elle ne préconise en aucun cas son interdiction, elle estime néanmoins que l’e-cigarette ne doit pas être mise en avant comme moyen d’aide à l’arrêt du tabac du fait d’un manque d’études sur le sujet.

Elle  propose un encadrement assez strict  : maintien des modes de lutte classiques contre le tabagisme (hausse des prix, politiques de sensibilisation…), interdiction de vaper dans les lieux publics fermés, messages d’avertissement obligatoires sur produits, interdiction de la publicité et instauration de taxes spécifiques sur l’e-cigarette.


Et, c’est là que tout se gâte …

La dépêche publiée par l’AFP, le jour même, utilisant amalgames et lecture biaisée du document, se voit estampillée d’un titre racoleur « Les cigarettes électroniques sont incontestablement nocives, avertit l’OMS ».

Plus loin, la dépêche renchérit  « elles [les e-cigarettes] présentent aussi des “risques pour la santé”, assure le rapport de l’OMS, qui évalue les résultats des mesures gouvernementales ».  Cette information est totalement fausse puisqu’à aucun moment, dans le rapport, il n’est question d’une évaluation des mesures gouvernementales.

La dépêche conclue, bien évidemment, sur l’interdiction de vente de produits liés à l’e-cigarette « dans la très libérale (entendez ouverte d’esprit)  ville de San Francisco ».

Dépèche AFP

rmc duboisL’ensemble de ces informations, transmises par l’AFP, ont été reprises par la quasi totalité des médias français en y rajoutant une bonne louche de dramaturgie, et cerise sur le gâteau le témoignage si précieux de Paulo, le retraité qui passe ses journées au bar PMU du coin, accessoirement recordman de la consommation de boissons anisées debout au comptoir, et qui a forcément un avis bien avisé sur tout.

Certaines voix, et non des moindres, se sont levées pour rectifier les inepties relayées par l’AFP et modérer la position de principe de l’OMC.

Gérard DUBOIS est intervenu sur l’antenne de RMC dès 6 h 30, le 27 juillet 2019, pour qui « Comparer la cigarette électronique et la cigarette classique revient à comparer le pistolet à bouchon et le canon de marine. […] On a une erreur de communication invraisemblable et on peut se demander si c’est l’OMS ou l’AFP qui a fait une erreur d’interprétation »

Intervention de Gérard Dubois RMC


Le professeur Dautzenberg est également intervenu dans notre live du lundi 29 juillet 2019 pour nous donner sa vision de cette affaire.


OneshotTV : Quel est votre avis sur la dépêche de l’AFP ?

Pr Dautzenberg :

« L’OMS a toujours une attitude un peu restrictive sur la cigarette électronique. La dernière position vraiment officielle de l’OMS, c’est le rapport 2019 qui est paru récemment et qui est publié sur le site de l’OMS , sur lequel il y a 209 pages sur le tabac, les méfaits du tabac, etc., et dedans quatre pages sur la cigarette électronique. Donc, c’est un tout petit morceau.

C’est un rapport qui sépare très clairement la cigarette électronique des tabacs à chauffer, ce que certains autres ne font pas. On peut s’appuyer dessus pour annoncer que l’OMS dit que, le tabac à chauffer et la cigarette électronique, ce n’est pas la même chose.

L’OMS dit que la cigarette électronique est nocive, comme elle dit que les antibiotiques sont nocifs, comme elle dit que les vaccins sont nocifs, etc. Les vaccins sont nocifs, mais ça sauve beaucoup de vies. Les antibiotiques sont nocifs, mais ça sauve beaucoup de vies si on le donne à des gens qui ont besoin d’antibiotiques. La cigarette électronique, si on la donne à des fumeurs, ça peut sauver beaucoup de vies, ce que ne dit pas l’OMS, mais, elle ne dit pas le contraire non plus.

L’OMS dit clairement, dans ce rapport officiel, qu’il y a infiniment moins de toxicité dans les émissions de la cigarette électronique que dans la cigarette-tabac, mais elle dit qu’on ne peut pas chiffrer.

Les Anglais, dans le rapport HSE, avaient dit que la cigarette électronique était 95% moins toxique.

L’OMS dit qu’elle n’a pas d’élément pour chiffrer cela précisément, mais elle dit clairement que c’est beaucoup moins toxique.

Pour l’arrêt du tabac, la position officielle de l’OMS dans son  rapport 2019, la cigarette électronique est un produit qui peut aider à arrêter de fumer, mais on n’a pas les études suffisantes pour le confirmer. Donc, il y a une forte suspicion que ça aide, mais un manque d’études de confirmation. C’est assez différent de dire ça, que de dire il ne faut surtout pas l’utiliser quand on fume. Que l’autorité médicale ne la recommande pas c’est une chose, qu’elle dise qu’il ne faut pas l’utiliser c’est autre chose elle, et, elle ne le dit pas.

Le gros du rapport de l’OMS dit qu’il faut une réglementation pour la cigarette électronique.

Dans le monde, il y a des pays où il y a une prohibition complète, ce qui est d’une stupidité absolue, mais c’est comme ça. Il y a d’autres pays, il y a zéro règle, et en France on a des règles raisonnables.

L’ OMS dit qu’il faut l’interdire la vente aux mineurs et tout faire pour que les mineurs la prennent (ce qui est fait en France), elle dit qu’il faut réglementer l’utilisation dans les locaux (ce qui est fait en France), qu’il faut qu’il n’y ait pas de publicité, que ce soit des publicités indirectes pour le tabac par la cigarette électronique.

La France répond parfaitement, avec la législation actuelle, aux recommandations de l’OMS.

Il n’y a rien de nouveau, il n’y a rien de probant dans le rapport contrairement à ce que dit la dépêche de l’AFP, qui annonce que la cigarette électronique est classée toxique. L’OMS n’a absolument pas classé toxique la cigarette électronique. Elle reconnaît que c’est toxique, mais il n’y a pas de classification. Ce n’est pas dans une liste, dans une norme, ce qui donne des choses différentes.

Je pense que ce rapport dit la même chose que disait l’OMS, il y a six mois / un an, même de façon plus positive. Clairement, ils attestent que c’est moins toxique. Deuxièmement, ils disaient clairement que ça n’aidait pas à arrêter de fumer. Maintenant ils disent qu’il n’y a  pas des preuves suffisantes pour affirmer que … C’est quand même une nuance qui va dans le bon sens et dans le sens d’aider les scientifiques.

En revanche, ce qui a été relayé par la presse suite aux dépêches de l’AFP, c’est de la désinformation. Ce sont des informations sur la cigarette électronique qui font que les gens ont peur d’essayer la cigarette électronique. L’étude de Santé Publique France montre que les gens en 2017 ont plus peur de la cigarette électronique qu’ils en avaient peur en 2014. Plus ils ont peur de la cigarette électronique, mois ils utilisent et moins ils arrêtent de fumer avec.

C’est une bêtise qui est assez contraire à la santé publique de faire peur sur la cigarette électronique.  Les gens n’auraient pas du tout peur, on pourrait leur faire un petit peu peur. Mais, les gens ont massivement peur, surtout les non-fumeurs. Les vapoteurs n’ont pas peur, et les fumeurs non plus.

Dans le rapport de l’OMS, il n’y a rien sur les toxicités particulières. Ils disent qu’il faut se méfier des arômes parce que ça attire les enfants, mais l’OMS est plus centrée sur l’attirance des enfants que sur la toxicité des arômes dans les liquides et ne discute pas les taux de nicotine.

C’est un rapport neutre, fidèle à la position de l’OMS qui n’est pas favorable à la cigarette électronique, mais qui ne tire pas à boulets rouges sur la cigarette électronique, comme peut le faire la dépêche de l’AFP, qui exagère par rapport au texte initial.

Et, ce qui est repris dans la presse est encore pire.”


dautzenberg oneshottvOneshotTV : Comment fait-on pour lutter contre le fait que les gens aient de plus en plus peur de la cigarette électronique ?

Pr Dautzenberg :

“Les gens écoutent beaucoup les bêtises de la télévision, mais, quand ils ont une décision à prendre, beaucoup passent outre. Là où, on est gêné, c’est lorsque des fumeurs hésitent à passer à l’un ou l’autre. Tous ceux qui ont commencé la cigarette électronique, et on le voit dans l’étude de Santé Publique France, n’ont plus peur du tout. Ce sont les fumeurs qui ont envie d’arrêter et qui n’ont pas peur, cela représente une faction de 4 à 5 millions de personnes, qu’il faudrait cibler spécifiquement. Le grand public qui n’a jamais fumé, on s’en fout qu’il ait peur ou pas, ce n’est pas leur problème.

Globalement, je constate que la cigarette électronique ne se développe pas si mal que ça.
Plusieurs, chaînes de télévision m’ont appelé, mais je suis en vacances et je n’ai pas pu leur répondre. D’autres ont répondu et ont désamorcé. J’ai pu avoir certains collègues au téléphone qui ont des positions plus modérées et qui vont faire des papiers sur les conclusions puisqu’il faut quand même se fier aux données.

Dans l’OMS, il y a plein de sous-groupes qui sont des ayatollahs anti cigarette électronique. Je pense qu’ils sont assez ridicules.

En ce moment, je travaille sur l’essai d’Yvan Berlin, cigarette électronique contre Champix, pour l’instant ça marche très bien, clairement ça marche très bien. Les gens s’arrêtent de fumer beaucoup plus que dans des consultations classiques. L’impression que j’ai, est que, les gens qui s’arrêtent de fumer avec la cigarette électronique ne prennent pas de poids. Les gens sont contents, heureux. Et, même ceux qui ont du Champix ou une cigarette électronique placebo sans nicotine, ça les aide aussi. Même sans nicotine, accompagnée par ailleurs d’un traitement qui apporte la nicotine,  la cigarette électronique aide puisqu’elle apporte à la fois le côté comportemental, se comporter avec des fumeurs, et la nicotine.”


OneshotTV : Vous parlez de Champix, on entend beaucoup de gens se voir conseiller des patchs, vous en pensez quoi ?

Pr Dautzenberg :

“Les patchs, c’est très bien. J’ai beaucoup de malades qui ont des patchs et du Champix. J’ai un malade qui avait 18 patchs et qui vapotait 10 ml de liquide en 18 mg par jour, qui s’est arrêté de fumer et qui a pu se faire opérer de sa jambe, alors qu’il y a deux ans, tous les tabacologues du monde s’étaient épuisés. Quand il y a besoin de telles doses de nicotine, c’est difficile de traiter avec la seule cigarette électronique.”


OneshotTV : Est-ce que, selon vous, le dosage maximal à 20 mg pour les cigarettes électroniques n’est pas limitant, même s’il permet de toucher un grand nombre de fumeurs ?

Pr Dautzenberg :

“Il y a les liquides en 20 mg, les sels de nicotine et des appareils qui délivrent beaucoup de nicotine. Ce qui compte, ce n‘est pas le dosage de nicotine, mais la quantité quotidienne nécessaire de nicotine. Il y a des fumeurs qui ont besoin de 100 mg de nicotine et certains qui ont besoins de 120, 130, 140 mg de nicotine. Pour ceux qui ont besoin de 100 mg de nicotine, on leur donne du 20 mg, ils prennent un demi-flacon par jour et ils ont leurs 100 mg. Pour ceux qui ont besoin de plus, on a les patchs.

Je travaille sur l’Hôpital de Marmottan, qui est un hôpital spécialisé dans les addictions, où l’on traite de vrais utilisateurs de beaucoup de substances. Ils sont enfermés, le seul produit auquel ils ont droit ce sont des cigarettes. On leur a donné des cigarettes électroniques, ils adorent ça, ils les consomment et ça se passe très bien. On leur fait des ordonnances pour quantifier le nombre de patchs, mais on leur dit de vapoter comme ils veulent. Il y a ceux qui aiment vapoter.Il y a ceux qui aiment pas trop vapoter parce que ça leur gratte la gorge quand on augmente la dose. Il y a ceux qui aiment bien les gommes, ceux qui aiment bien les pastilles.
L’essai qui a été fait en janvier en Grande-Bretagne, qui est un essai « randomisé » et qui a comparé des gens qui avaient des substituts nicotiniques et des gens qui utilisaient des cigarettes électroniques sur un suivi d’un an. Il y a deux fois plus d’arrêts sous cigarette électronique que sous substitut, avec un taux d’arrêt assez faible. Mais si on regarde les chiffres, ceux qui utilisaient les substituts n’aimaient pas beaucoup, arrêtaient assez rapidement et n’en prenaient pas beaucoup alors que ceux qui utilisaient la cigarette électronique prenaient leur dose de nicotine.

Pour moi, la cigarette électronique, c’est un moyen de délivrer de la nicotine de façon agréable.

Un fumeur, normalement constitué qui n’est pas masochiste, si on lui donne de la nicotine sympa, il aime mieux la prendre que prendre de la nicotine pas sympa. Certains ont besoin de la nicotine sympa et pas sympa pendant un temps, puis après quelques mois, ils ne prennent plus que la cigarette électronique et il y en a beaucoup qui arrêtent aussitôt.

La population qui fume, qui passe à la vapote et qui arrête de vapoter, il y en a beaucoup qui ne sont pas comptés dans les chiffres officiels. Le rapport de l’OMS n’en dit pas un mot. Seul l’Eurobarometer, à l’échelle européenne, le mesure. Il y a un manque de mesure des gens qui ne vapotent pas à vie.

Dans l’esprit des gens, on fume et on vapote pour toute sa vie. Non !

Il y a des gens qui vapotent toute leur vie, des gens qui vapotent avec nicotine, d’autres sans nicotine,. Ce n’est pas une fatalité.”


snusOneshot TV : Que pensez-vous du SNUS et du principe d’ingestion de nicotine ?

Pr Dautzenberg :

“Le SNUS est un produit qui existe depuis longtemps, au moment où la Suède est rentrée dans l’Europe. On a dit non à l’époque, car, c’était une réduction des risques qui n’était pas bien démontrée, et c’était un produit du tabac fabriqué par l’industrie du tabac. Je n’aime pas trop.

Je préfère les cigarettes électroniques vendues par des marchands qui ne vendent pas tabac que par ceux qui vendent du tabac. Je conseille à mes patients d’aller plutôt dans une boutique spécialisée plutôt que chez les buralistes, puis d’aller après sur internet s’ils le veulent. Le marchand de tabac son but c’est maintenir les gens dans l’addiction alors que la cigarette électronique c’est quelque chose qui libère de la dépendance à la nicotine.

Après, il y a le plaisir de le faire. Les jeunes utilisent la cigarette électronique longtemps et beaucoup, certains font des concours de fumée. Ce n’est pas mon truc, mais, si ça leur fait plaisir et s’ils ne fument plus, c’est très bien.

Le SNUS est probablement un moyen de réduction, la discussion au point de vue stratégique est de savoir si c’est intelligent ou pas. Pour l’instant, je pense que ce n’est pas intelligent.

Je pense que le tabac chauffé ce n’est pas intelligent du tout.”


Oneshot TV : Il y a même certains fabricants qui produisent des capsules de nicotine

Pr Dautzenberg :

“Il y a des gens qui font des capsules de nicotine, il y a les films de nicotine, il y a différentes formes.

Globalement la cigarette électronique au niveau gestuel, mais aussi, à tous les niveaux est un très bon produit. Celui qui s’arrête de fumer et qui utilise des pastilles, lorsqu’il va à la pause cigarette, et malheureusement cela, s’appelle la pause cigarette, il est gêné. Celui qui descend avec sa vaporette , tous les autres lui demandent « ah, mais qu’est-ce que c’est ce truc ?  Où tu l’as acheté ? Comment ça marche ?», c’est le héros, au lieu d’être le minable qui a arrêté. Sur le plan comportemental et pour aller en soirée, pour tous ceux qui ont envie de fumer, je leur dis de l’emmener. Cela maintient la gestuelle pendant longtemps.

Sur un autre site sur lequel je travaille, où l’on applique la thérapie patch à dose croissante et cigarette électronique, j’ai pu constater que les gens ne prenaient pas de poids. Quand on a, à chaque seconde de la journée, la bonne dose de nicotine, on arrête de fumer sans prendre de poids.

J’attends la publication des résultats définitifs, mais, lorsque ce sera bien clair qu’en utilisant les patchs ou le Champix on prend entre 3 et 5 kilos et qu’avec la cigarette électronique, on ne prend pas de poids. Ça va faire beaucoup psychologiquement.”


OneshotTV : Vous avez raison, cela vient peut-être du fait que l’on recherche des liquides gourmands ou que l’on puisse changer d’arômes, ce qui est plus spécifique à la vape, alors que le fumeur ne change pas vraiment de marque de cigarettes.

Pr Dautzenberg :

“C’est clair, la vape, c’est un produit plaisir.

La plupart changent de liquides au bout de 3 mois ou 6 mois, il y en a quelques-uns qui restent aux saveurs-tabacs. Ceux qui veulent vraiment arrêter restent à un goût neutre ou tabac, alors que les autres changent. Les gens qui fument gardent la même marque pendant 30 ans.”


OneshotTV : Quel est votre avis sur les sels de nicotine ?

Pr Dautzenberg :

“Concernant les sels de nicotine, je ne sais pas tout. Je n’ai pas vu les courbes cinétiques dans le sang avec des sels de nicotine, j’attends de voir. Pour les fumeurs qui ont envie d’arrêter, et qui gardent quelques cigarettes en vapotant, je leur conseille les sels de nicotine. Et en particulier, ils le prennent plus volontiers le matin, là où les gens sont en grande dépendance, les liquides gourmands ne donnent pas envie d’en prendre trop le matin. Par contre, avec le sel de nicotine, ils acceptent volontiers te tirer dessus et c’est un bon produit pour retirer les dernières cigarettes des fumeurs qui font les deux. Souvent, ils utilisent leur pod le matin et la journée autre chose.

Après, si ça apporte de la nicotine de façon plus efficace, il y a un peu plus de dangers théoriques que les gamins qui les prennent deviennent dépendants. Alors que, pour l’instant, ils n’y sont pas. Mais concernant les articles traitant de la cigarette électronique comme une source d’addiction,  scientifiquement, les calculs sont bons, mais le raisonnement est totalement faux.

Ils comparent des adolescents qui n’ont pas pris de nicotine avec des gamins qui ont essayé la vaporette. Ceux qui on testé la vaporette ont 60 % de chance de plus de devenir fumeurs au bout de deux ans, que ceux qui n’ont rien rien essayé. D’un autre côté, si l’on compare ceux qui ont commencé la cigarette à 15 ans,  ceux-là ont une chance sur deux d’être fumeurs, ce qui est énorme comme risque. Le fait d’utiliser la cigarette électronique à 15 ans, réduit à une chance sur six le fait de devenir fumeur, alors que s’ils choisissent la cigarette, il ont une chance sur deux. Cela ne ressort pas dans les études statistiques publiées puisque l’ont compare ceux qui n’ont rien pris avec ceux qui utilisent la cigarette électronique.

Pour les tests, on sélectionne des gamins qui ont plutôt envie d’essayer les produits, qui sont un petit peu plus « fumeurs » et donc forcément les résultats sont supérieurs. Mais si on sélectionne l’ensemble des adolescents, il y en a plutôt moins. Ils prennent la cigarette électronique, ils l’essayent trois ou quatre fois, souvent sans nicotine, et ils arrêtent. Certains deviennent fumeurs, mais moins que ceux qui utilisent directement la cigarette.

Il y a des biais massifs dans les études. Il y a huit études, qui sont toutes les mêmes, et qui comparent les adolescents qui n’ont rien essayé à ceux qui ont utilisé la cigarette électronique. La cigarette électronique c’est moins bien que rien, mais c’est mieux que la cigarette.”


agnes buzin omsOneshot TV : Que fait la ministre face à une telle situation ?

Pr Dautzenberg :

“Beaucoup de mes collègues l’engueulent en disant que c’est très dangereux, que ça va tuer tout le monde, qu’il faut pas en faire la promotion. Mais, elle est relativement raisonnable. Elle dit « j’attends la science et je laisse faire ». Le jour où elle aura une étude prouvant que des effets négatifs apparaissent peut-être qu’elle prendra des mesures, mais comme il n’y en a pas, et ce malgré quelques centaines de millions d’utilisateurs, mis à part les explosions de batterie. Mais les batteries, ça explose aussi sur les téléphones. J’ai récemment été bloqué à Londres par un téléphone qui avait explosé dans la gare de St Pancras, c’était un téléphone pas une cigarette électronique.”


Oneshot TV : On a eu le cas dernièrement sur le RER A et un article a été publié, car une explosion de cigarette électronique avait retardé le RER.

Pr Dautzenberg :

“Oui, mais si c’est un téléphone portable qui pète, ce n’est pas dans le journal.”


Oneshot TV : Dans un cas comme ça, vous prévenez la ministre ?

Pr Dautzenberg :

“Non absolument pas, ça ne sert à rien.

La ministre a bien compris les données de Santé Publique France. Les données sur la désinformation concernant la cigarette électronique nuisent à l’adhésion à un produit qui aide à l’arrêt du tabac, ou plutôt qui aide probablement à l’arrêt du tabac, car elle est plutôt sur le « probablement ». Si un jour, elle a la preuve que c’est « sûrement » une aide à l’arrêt du tabac, elle réagira. Pour l’instant, l’allié le plus fort, d’un point de vue gouvernemental, ce sont les données de Santé Publique France qui prouvent que la désinformation sur la cigarette électronique empêche les fumeurs de recourir à ses produits. Il faut donc arrêter de désinformer. Elle s’est récemment battue en ce sens contre la désinformation sur les vaccins.
Mais, globalement, en France, si on regarde si ça bloque beaucoup le développement de la cigarette électronique, je ne suis pas sûr. Le fait qu’il y ait un débat est positif, cela veut dire que les gens s’y intéressent. Il y a deux, trois ans, lors de mes consultations, il fallait que je rassure les gens sur la cigarette électronique. Mais maintenant, les gens n’ont plus peur.”


Oneshot TV : On peut s’interroger sur la croissance et le développement plus ou moins rapide de l’utilisation de la cigarette électronique. En Angleterre, par exemple, le message est beaucoup plus clair, et le chiffre des 95 % moins nocif que le tabac est affiché dans les hôpitaux, y on ouvre des boutiques de cigarette électronique…

Pr Dautzenberg :

“Ça, c’est une question de choix des Anglais, de faire et ce n’est pas le choix de la France. Dans la avis de mes collègues, il y a des avis différents, « est-ce que la bouteille est moitié pleine ou moitié vide ? » et il y en a qui mentent. L’AFP ment. Et c’est très différent que de dire « est-ce que la bouteille est moitié pleine ou moitié vide ? ».
En gros, tous mes collègues qui travaillent avec des patients, ils sont tous pour la cigarette électronique. Tous ceux qui sont dans des bureaux et qui écrivent des articles sont contre.

Je schématise un petit peu, mais la connaissance vient de la partie « base médecine » qui est la partie clinique. Quand on voit un malade, dix malades, cent malades et qu’ils vous disent tous la même chose, on finit par croire qu’ils ont raison. Tous ceux qui sont au contact des patients le font, avec plus ou moins d’intentions, certains ont peur dans la cas des femmes enceintes. Il ne faut pas les forcer, il faut que chacun aille à sa vitesse sur le plan médical. Au niveau de la Société Française de Tabacologie, on a pas mal évolué depuis deux ans, les choses vont de mieux en mieux. Il y en a tout de même qui ont des résistances, dans les régions de France en particulier, et dans l’est de la France, c’est là où l’on fume le plus et c’est là où il y a le plus de résistance.”


Oneshot TV : Quel impact peut avoir la dépêche de l’AFP sur les médecins de famille ou médecins généralistes par rapport à la cigarette électronique ?

Pr Dautzenberg :

“Le médecin de famille, il entend tout le temps, tout le temps, tout le temps la même chose. À force de le dire tout le temps et que ce ne soit pas vrai on y croit plus. Et il y a de plus en plus de personnes qui ont arrêté dans la patientèle de chaque médecin, et ça, ça y fait. Il faut demander à tous les gens qui arrêtent de ne pas avoir honte, de le dire à leur médecin et ça finit par infuser quand même.

Avant, il y avait ceux qui étaient pour et contre, et maintenant, ils disent je ne sais pas trop. Mais, c’est surtout ceux qui ne voient pas de fumeurs.

Ceux qui côtoient des fumeurs ou les médecins généralistes savent à peu près. Après, qu’ils vous disent « c’est votre problème » ou « je recommande », mais ça ne change pas grand-chose. Il faut surtout qu’ils ne donnent pas de messages négatifs ou de mauvais conseils. Certains conseillent de ne pas prendre trop de nicotine. Je ne sais pas pourquoi, mais les vapoteurs quand ils fument un peu moins, ils mettent moins de nicotine. Non si vous fumez moins, il faut mettre plus de nicotine pour augmenter la dose. Là, il faut se battre un peu. La peur de la nicotine existe, même chez les vapoteurs, et là vous avez un boulot à effectuer là dessus.”


Oneshot TV : Des gens qui n’ont même jamais pratiqué le produit se présentent en boutique et disent « oui, il me faut de la nicotine au début parce que je suis fumeur, mais il faut que je descende », il y a une mauvaise connaissance de la nicotine…

Pr Dautzenberg :

“Il est interdit de baisser.

Chez moi, il est interdit de baisser la nicotine tant qu’on fume une seule cigarette tous les deux jours.

On discute plus tard, mais avant c’est interdit.”


C’est avec grand plaisir que nous avons accueilli le Pr Dautzenberg dans notre émission. C’était une occasion unique de partager un moment agréable et instructif dans un contexte médiatique plutôt tendu.
Nous tenons tout particulièrement à remercier le Pr Dautzenberg d’avoir répondu positivement à notre invitation pendant ses vacances estivales, alors qu’il avait, par ailleurs, refusé les sollicitations de nombreux grands médias nationaux.
Cela montre tout l’intérêt qu’il porte à la cigarette électronique et nous lui en sommes infiniment reconnaissants.

Début 2010, j’achetais ma première ecig et depuis je n’ai jamais cessé de m’y interesser.

J’aime tout démonter, comprendre, analyser et partager.

Aujourd’hui, je vape essentiellement sur des RTA ou des drippers single coil orientés saveur avec un gros penchant pour le materiel de modeurs.

One thought on “Le Pr Dautzenberg analyse le rapport de l’OMS et son traitement par l’AFP dans Oneshot TV

  1. Je pense a un président qui a fait voté une loi contre les Fake News…j ai oublié le nom de ce Monsieur..Heureusement que L AFP ne préconise pas aux “journalistes” d aller se jeter à la mer..

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