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Pr Bertrand Dautzenberg

Alors que les chiffres du tabagisme semblent peiner à baisser, notre gouvernement paraît davantage concerné par l’avenir des Puffs.  Au centre de toutes les discussions : le souhait, du gouvernement, de les interdire. L’occasion, pour nous, de connaître la position sur le sujet du Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Salpêtrière.

Le tabagisme en stagnation

Après une baisse notable entre 2014 et 2019, il semblerait que la consommation de tabac stagne désormais, voire serait en légère en augmentation. Avons-nous atteint un seuil incompressible de fumeurs ? s’interroge le site wwwpourquoidocteur.fr. Pour le Pr Dautzenberg, il n’en est rien, et le souci réside davantage dans la “mesure” du tabagisme : “L’on a seulement des grandes enquêtes, faites par Santé Publique France et publiées quasiment un an et demi ou deux ans après la collecte des données et les chiffres de l’INCA, mesurés en plein Covid…”. Selon le pneumologue, la mesure la plus fiable serait de prendre en compte les livraisons mensuelles de cigarettes dans les régions. On s’apercevrait ainsi qu’“Il y a globalement une diminution permanente.” D’ailleurs, le cancer du poumon, que l’on sait directement lié au tabac, a diminué d’un tiers en trente ans. Le Pr Bertrand Dautzenberg souligne que la maladie et les ventes de tabac sont parfaitement parallèles, avec un délai d’une vingtaine d’années entre le début du tabagisme et la déclaration de la maladie.

La génération sans tabac en 2032 : réalité ou utopie ?

“Nous sommes à 30 milliards de cigarettes vendues par an, nous étions à 84 milliards au moment où Jacques Chirac a déclaré la guerre au tabac avec le premier Plan Cancer” explique le Professeur. Une courbe décroissante qui nous permettra, selon lui, d’atteindre les moins de 5% de fumeurs en 2032 souhaités par le gouvernement. Le tabac a beau toujours être “de très loin la première cause de mort évitable en France”, le Pr Dautzenberg se veut optimiste et affirme “que nous sommes sur la bonne trajectoire”.

L’interdiction des Puffs, la solution

Le Professeur ne mâche pas ses mots : les Puffs sont “une bêtise sur le plan de l’écologie puisque ce produit contient du plastique, du métal et une pile et qu’il est le plus souvent jeté par terre après usage”. Mais force est de constater qu’”elles plaisent aux jeunes mais aussi aux adultes ! Je le vois chez certains de mes patients en consultation de tabacologie, il y en a un certain nombre qui ont acheté des Puffs…”.

Quant au sempiternel débat associant la Puff et les adolescents, le Pr Bertrand Dautzenberg explique “finaliser une étude sur l’effet de la cigarette électronique sur l’initiation au tabagisme chez les jeunes, et qui montre que tout ce que l’on raconte, ce sont des bêtises”. Il s’insurge de même, qu’en France, “La cigarette électronique a une position qui est combattue par certains de façon contre-productive”. Pourtant, dès que l’on se réfère à des données objectives, on ne peut que conclure, selon lui, que les jeunes fument avant de vaper. “Ce n’est pas elle (la vape) qui est la porte d’entrée vers le tabagisme que l’on a déjà expérimenté avant, c’est l’inverse !”.

La vape, un outil de sevrage

Le professeur ne croit évidemment pas plus à l’interdiction de la vape, telle que l’imposent certains pays. “Proposer des prohibitions… dans les pays dans lesquels on fume encore, c’est n’importe quoi ! L’Australie l’a fait mais… il y a moins de 1% de fumeurs chez les 18 ans.” Tout est donc une question de proportions : dans les pays où il y a 20% de fumeurs, la vape devrait au contraire être obligatoire. “Pour tout fumeur, la cigarette électronique c’est bien, pour tout non-fumeur, il faut l’éviter !”. Le Pr Dautzenberg rappelle ainsi que la seule raison d’exister de la vape, c’est bien d’enrayer le tabagisme. Ce que beaucoup de ses détracteurs semblent ignorer.

Le Royaume-Uni, un exemple pour le Pr Bertrand Dautzenberg

Lorsque wwwpourquoidocteur.fr demande au Professeur si la nicotine vapée est mauvaise pour la santé, sa réponse est sans appel : “Pour ceux qui ont commencé à fumer, conserver la bonne dose de nicotine est le plus sûr moyen de sortir de la cigarette.” De la même façon, “ Quand la nicotine est délivrée de façon extrêmement rapide… elle crée l’addiction… Chaque cigarette fumée donne envie de fumer la suivante !”. Les choses sont différentes avec la vapoteuse : “La façon de l’utiliser, c’est de prendre deux ou trois bouffées, de s’arrêter, deux trois autres bouffées et de s’arrêter à nouveau, donc d’avoir une courbe assez plate de délivrance de nicotine… Le pouvoir addictogène à la nicotine de la cigarette électronique est ainsi bien moindre que celui de la cigarette.” A titre d’exemple, le Pr Dautzenberg rapporte qu’en Angleterre, les fumeurs ayant adopté la vape ont été plus nombreux à être sevrés du tabac au bout d’un an que ceux qui utilisaient des substituts nicotiniques.” Et il ne cite pas le Royaume-Uni par hasard : “Ils sont à 15% de fumeurs, nous sommes toujours à 25% et ils prévoient d’arriver à 5%  pour toute la population alors que chez nous, ce chiffre n’est visé que pour les moins de 18 ans. Pour cela, ils ont des mesures efficaces comme celle consistant à distribuer un million de cigarettes électroniques à des gens qui en avaient besoin”. En finir une bonne fois avec l’idée qu’il y aurait une passerelle entre la vape et le tabac chez les jeunes, prendre exemple sur le Royaume-Uni et considérer la cigarette électronique davantage comme un produit de détournement du tabagisme qu’une porte d’entrée… Des mesures inspirantes, que le ministère de la Santé aurait tout à gagner à considérer.


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